Diabète et jeûne chez les jeunes A quoi s’attendre avant le Ramadan ?

À l’approche du Ramadan, la question du jeûne pour les personnes diabétiques revient sur le devant de la scène, et avec elle la nécessité de parler des précautions à prendre pour assurer la sécurité. Le jeûne n’est pas un simple changement du rythme quotidien, il nécessite une véritable préparation médicale avant le début du mois. Dalal Jedi, biologiste pharmaceutique spécialisé dans l’éducation thérapeutique, nous livre quelques bonnes pratiques pour aider les jeunes à jeûner en toute sécurité.
Dalal Jedi insiste sur le fait que le Ramadan se prépare et ne s’improvise pas, et recommande vivement une visite médicale, de préférence six semaines avant le début du mois, dans le cadre d’une consultation personnalisée. Cette consultation s’appuie sur des examens biologiques de base pour évaluer la possibilité d’un jeûne sans risque : dosage de l’HbA1c, évaluation de la fonction rénale via la créatinine et le débit de filtration glomérulaire (DFG), dosage de la microalbumine urinaire si nécessaire, dosage des lipides pour évaluer le risque cardiovasculaire.
La consultation ne se limite pas à des analyses, mais comprend une évaluation clinique complète telle que la mesure de la tension artérielle et du poids, la recherche d’éventuelles complications rénales, cardiovasculaires ou métaboliques, l’examen du traitement en cours et l’analyse des mesures quotidiennes de la glycémie et du mode de vie. Cette étape permet de planifier concrètement le Ramadan en déterminant la méthode d’autosurveillance, en ajustant les doses ou le calendrier, en organisant les repas et en sachant quand interrompre le jeûne. Ces points sont une condition préalable à un jeûne sûr.
Comment votre médecin détermine si vous pouvez jeûner en toute sécurité
Il n’y a pas de réponse unique, car la décision est prise individuellement au cours de la consultation pré-Ramadan. L’évaluation est basée sur une classification internationalement reconnue, l’indice IDF-DaR de la Fédération internationale du diabète, de l’Alliance du diabète et du Ramadan, qui repose sur 14 critères cliniques et biologiques. Cet indice permet de classer le patient dans des catégories de risque faible, moyen ou élevé, ce qui aide à clarifier la décision médicale.
Cependant, l’indicateur seul n’est pas suffisant. La décision de jeûner repose également sur la compréhension de la réalité et du comportement quotidien du patient, de sa compréhension de la maladie, de sa capacité à contrôler lui-même sa glycémie et des limitations qu’il subit au quotidien. C’est ce dialogue qui permet de partager une décision réaliste et sûre. Le principe de la priorité à la santé reste le point de référence qui encadre ce processus, tant sur le plan médical que religieux.
Modification du traitement, de la surveillance et des repas pendant le Ramadan
Dalal Jedi explique que l’adaptation du traitement avant le Ramadan est une étape indispensable qui doit être réalisée à l’avance. En effet, le jeûne modifie nettement l’équilibre métabolique, affectant le rythme de l’alimentation, de l’hydratation, du sommeil, de la sécrétion d’insuline et de la production de glucose par le foie. Chez un patient diabétique, ces mécanismes sont encore plus fragiles, ce qui nécessite un réaménagement des doses et des horaires, et parfois une adaptation de l’ensemble du plan de traitement, en tenant compte du rythme du Suhoor et de l’Iftar.
Les médicaments ne se comportent pas de la même manière chez tous les patients. Certains traitements nécessitent des ajustements minutieux, notamment les sulfonylurées et certaines insulines, alors que pour d’autres, une simple remise à l’heure suffit. Les recommandations de l’IDF-DaR soulignent qu’il ne s’agit pas seulement de modifier une ordonnance, mais de créer un plan de jeûne très individualisé, dont l’efficacité dépend de son explication au patient et de son implication par le biais de l’éducation thérapeutique.
En l’absence de cette adaptation, de graves perturbations de la glycémie peuvent survenir. Une hypoglycémie peut survenir pendant les heures de jeûne, tandis qu’une hyperglycémie peut réapparaître après l’iftar s’il est riche en nutriments rapidement absorbés. Ces fluctuations augmentent le risque de déshydratation, en particulier par temps chaud ou avec certains médicaments. Dans les cas les plus graves, les déséquilibres peuvent évoluer vers des complications telles que l’acidocétose, un risque souvent observé dans le diabète de type 1 en raison d’une carence sévère en insuline. Une préparation complète est donc indispensable pour que le patient puisse reconnaître les premiers signes et adopter les réactions appropriées.
Sur le plan nutritionnel, le principe de base est d’organiser l’alimentation autour de trois vrais repas plutôt que de nombreux en-cas nocturnes. Les repas doivent être équilibrés et combiner des féculents, des légumes, des fruits et une source de protéines comme la viande, le poisson ou les œufs, avec des produits laitiers, en donnant clairement la priorité aux légumes verts.
Le suhoor doit être aussi proche que possible de l’aube, riche en fibres et en protéines, avec des aliments à indice glycémique faible ou moyen pour prolonger la satiété et réduire les fluctuations de sucre au cours de la journée.
À l’iftar, la modération est essentielle en évitant les excès de sucres et les pâtisseries, tout en conservant les glucides complexes tels que la semoule, l’orge ou le vermicelle. Les sucreries traditionnelles et le café doivent être contrôlés en termes de quantité et de moment afin qu’ils ne deviennent pas une cause directe de pics de sucre postprandiaux. Une hydratation adéquate entre l’iftar et le suhoor est essentielle pour compenser les heures de jeûne.
L’autocontrôle de la glycémie est obligatoire pendant le Ramadan et n’invalide pas le jeûne. Elle est effectuée à des moments clés comme avant le Suhoor, à midi, avant l’iftar, deux heures après l’iftar et à tout moment où des symptômes inhabituels apparaissent. Dans la mesure du possible, la surveillance continue du glucose est encouragée, car elle permet un suivi plus précis et plus sûr.
Le jeûne doit être interrompu immédiatement si le sucre tombe à 0,70 gramme par litre ou dépasse 3 grammes par litre. Des symptômes tels que fatigue sévère, vertiges, douleurs, tremblements, fatigue excessive, confusion ou signes de déshydratation nécessitent l’arrêt immédiat du jeûne. Le patient doit être préparé à ces éventualités avant le début du mois. Dans ces cas, la rupture du jeûne n’est pas un échec ou une erreur, mais une nécessité médicale et une obligation religieuse.



