Le Maroc accueille 18 000 réfugiés dans un contexte d’escalade des crises régionales

Le Maroc accueille près de 18 000 réfugiés originaires de plus de 60 pays, les Syriens, les Guinéens et les Soudanais étant les groupes les plus nombreux à résider dans le pays.
Ces réfugiés sont répartis sur environ 80 sites à travers le Royaume, ce qui témoigne de la transformation du Maroc, ces dernières années, d’un pays de transit en un pays de destination. Ce changement remonte à 2013, lorsque le roi Mohammed VI a lancé la Stratégie nationale pour la migration et l’asile, qui a permis à des dizaines de milliers de migrants de se voir accorder une résidence légale.
Les schémas migratoires vers le Maroc ont connu des changements significatifs ces dernières années. Le nombre d’arrivées en provenance du Soudan a augmenté de manière significative après le déclenchement de la guerre en 2023 entre l’armée soudanaise et les Forces de soutien rapide (RSF). Les troubles politiques et les pressions climatiques poussent également davantage de migrants de Guinée et du Mali vers le Maroc. Pendant ce temps, les Syriens continuent d’arriver par la frontière algérienne, rejoignant les communautés urbaines établies, en particulier dans les villes de Rabat et de Casablanca.
Malgré ces changements, la migration irrégulière reste un défi majeur. En 2024, les autorités marocaines ont réussi à démanteler 332 réseaux de trafic de migrants, mais les réseaux de traite des êtres humains s’appuient de plus en plus sur les médias sociaux pour attirer les jeunes en leur promettant des voyages rapides vers l’Europe.
Les traversées maritimes restent l’une des routes migratoires les plus dangereuses. L’année dernière, les équipes de secours ont secouru 18 645 migrants en mer, tandis que plus de 2 800 personnes sont mortes ou ont disparu lors des tentatives de migration.
Selon les données disponibles, 58 % des migrants irréguliers proviennent des pays d’Afrique de l’Ouest, 12 % de la région du Maghreb et 9 % d’Afrique de l’Est et d’Afrique centrale.
Bien qu’il accueille un nombre croissant de réfugiés, le Maroc ne dispose pas encore d’une loi nationale sur l’asile. Moins de 10 % des réfugiés reconnus par le HCR disposent d’un permis de séjour officiel. Nombre d’entre eux rencontrent des difficultés pour remplir les conditions requises, telles que la preuve de résidence ou de revenu, ce qui rend leur statut juridique et social précaire.
Le statut de réfugié est déterminé par le Haut-Commissariat des Nations unies pour les réfugiés (HCR), mais le fait d’être reconnu comme réfugié ne garantit pas automatiquement une résidence légale. En conséquence, de nombreux réfugiés sont contraints de travailler dans le secteur informel, malgré la disponibilité de services tels que les soins de santé et l’éducation. Les mesures prises par le gouvernement en 2024 ont amélioré la coordination entre les parties prenantes, mais l’absence d’un cadre juridique clair reste l’un des principaux obstacles à la mise en place d’un système d’asile intégré.
Le Maroc n’est situé qu’à 14 kilomètres de l’Espagne, de l’autre côté du détroit de Gibraltar, ce qui en fait un partenaire clé dans la gestion des frontières européennes. Au cours de la dernière décennie, l’UE a fourni des centaines de millions d’euros pour soutenir les efforts du Maroc en matière de gestion des migrations, ce qui ajoute au défi d’équilibrer le contrôle des frontières et la protection des réfugiés.
Les conflits au Soudan, au Sahel et en Syrie, ainsi que les pressions climatiques et économiques, devraient continuer à affecter la réalité de la migration et de l’asile au Maroc dans les années à venir. Dans ce contexte, le CNDH appelle à l’adoption d’un cadre juridique clair, au renforcement des politiques d’intégration des réfugiés et au développement de mécanismes de soutien pour assurer une migration sûre et ordonnée.



