Économie et affaires

Boujdour arrive en tête des sites éoliens au Maroc avec le coût de production le plus bas

Une étude menée par des chercheurs de l’université de Fès et de l’université française de Pau a montré que Boujdour, dans les provinces du Sud, est le site le plus viable pour la production d’électricité éolienne parmi les cinq sites marocains comparés, son facteur de charge y atteignant 62,9 % avec une éolienne « Vestas V112 » montée sur une tour de 80 mètres de haut, ce qui équivaut à un fonctionnement à pleine capacité de l’éolienne pendant environ six heures sur dix.

Selon les chiffres de l’étude, une centrale d’une puissance de 30 mégawatts à Boujdour produirait 165 gigawattheures par an, pour un coût de production de 1,3 centime par kilowattheure, avec un bénéfice net estimé à 43,5 millions de dollars sur toute la durée de vie de la centrale.

Essaouira arrive en deuxième position avec un facteur de charge de 42,3 % et un coût de 2,48 centimes par kilowattheure, tandis que Tétouan, El Jadida et Meknès se situent autour de 22 %, avec un coût compris entre 5,7 et 10,3 centimes par kilowattheure selon la turbine choisie.

Les chercheurs soulignent que le choix de la turbine et la hauteur du mât sont deux facteurs déterminants : avec des mâts de 50 mètres de haut, la plupart des projets testés deviennent déficitaires, à l’exception de Boujdour qui conserve sa rentabilité.

Sur le plan climatique, la puissance totale couverte par l’étude, soit 150 mégawatts, permettra d’éviter chaque année environ 247 500 tonnes de dioxyde de carbone par rapport à l’électricité du réseau marocain, dont plus de 40 % sont imputables à Boujdour. Les chercheurs soulignent toutefois que ces résultats illustrent ce qui est techniquement possible et non ce qui sera nécessairement réalisé, car le raccordement au réseau, les questions foncières et la réglementation restent des obstacles à surmonter.

Une étude comparant cinq sites

Réalisée par des chercheurs de l’université de Fès et de l’université de Pau, cette étude part d’un postulat de base : le Maroc souhaite que 52 % de sa capacité électrique provienne de sources renouvelables d’ici 2030, alors que les études disponibles se concentrent soit sur l’éolien, soit sur les coûts, sans établir de lien entre les deux ni intégrer l’impact climatique.

L’équipe a sélectionné cinq villes représentant cinq types de climats : Al Hoceima au bord de la Méditerranée, Meknès à l’intérieur des terres, El Jadida au bord de l’Atlantique, Essaouira dans un couloir de vents réguliers, et Boujdour aux portes du désert. Ils ont combiné des mesures de vent, des données satellitaires et l’atlas éolien de l’Agence marocaine pour l’énergie durable (MASEN), puis ont testé neuf modèles d’éoliennes d’une puissance comprise entre 750 kilowatts et 3,6 mégawatts, à deux hauteurs de mât : 50 et 80 mètres.

Pourquoi le sud est-il plus performant ?

Les chercheurs attribuent la supériorité de la côte atlantique sud à deux raisons : des vents très réguliers alimentés par les alizés, et un relief plat et dégagé entre l’océan et le désert qui n’entrave que peu la circulation de l’air, avec des rafales puissantes pratiquement toute l’année. À Essaouira, la configuration du relief contribue à accélérer les vents, dont l’activité maximale en juillet coïncide avec le pic de consommation électrique estival.

Les chercheurs indiquent que la centrale de Tarfaya, d’une puissance de 300 mégawatts, atteint régulièrement, selon eux, des taux de charge compris entre 45 et 50 %. Ils ont également pris en compte le fait que l’air du sud est plus chaud et moins dense, ce qui fait qu’il actionne les pales avec moins de force ; ne pas tenir compte de cet ajustement aurait faussé l’estimation de la production de 4 à 7 %.

Coût de l’électricité éolienne

Le calcul du coût repose sur des hypothèses courantes : une centrale fonctionnant pendant 25 ans, un investissement compris entre 1 300 et 1 500 dollars par kilowatt installé, et un taux d’amortissement de 8 %. Le coût du kilowattheure varie entre 1,30 et 1,60 centimes à Boujdour, et entre 2,48 et 3,11 centimes à Essaouira, et de 5,70 à 7,18 centimes à Al Hoceima et de 5,79 à 10,30 centimes à Meknès.

Le facteur qui influence le plus ce coût est le prix de construction de la centrale : plus celui-ci est élevé, plus le coût de production de l’électricité augmente. Prolonger la durée d’exploitation de 18 à 22 ans réduit le coût, car l’investissement est réparti sur un plus grand nombre d’années. Quant à la production, elle est principalement influencée par la répartition des vents tout au long de l’année : des vents réguliers sont plus productifs que des vents irréguliers, même à vitesse égale. La vitesse du vent explique la production environ 54 fois plus que sa direction, ce qui amène les chercheurs à conclure qu’il vaut mieux investir dans des mesures précises de la vitesse plutôt que dans la mesure de la direction.

Évaluation des risques pour les banques

L’étude ne fournit pas un chiffre unique pour la production, mais des fourchettes, ce qui intéresse les bailleurs de fonds. À Boujdour, il y a 90 % de chances de produire au moins 499,6 gigawattheures par an, 50 % de chances de dépasser 624 gigawattheures, et une probabilité de 10 % de dépasser 950 gigawattheures. La production réelle pourrait s’écarter de l’estimation de 8 à 12 %, et les chercheurs recommandent aux banques de baser leurs plans de remboursement sur le scénario prudent, à savoir 499,6 gigawattheures.

Obstacles avant la construction

Les chercheurs reconnaissent que le potentiel éolien ne suffit pas à lui seul à justifier un projet. En effet, les meilleurs sites, comme Boujdour, sont éloignés des grandes lignes à haute tension ; le raccordement d’une centrale au réseau serait coûteux, et le réseau pourrait ne pas être en mesure d’absorber l’intégralité de la production en permanence. Il faut également tenir compte des terres agricoles, des zones protégées, des couloirs de migration des oiseaux, ainsi que des autorisations et des contrats d’achat d’électricité. L’éolien offshore n’a pas été pris en compte dans l’étude ; les chercheurs estiment qu’il est prometteur, mais qu’il nécessite des études complémentaires.

كريم بوخريص

بوقريس كريم صحفي متخصص في كرة القدم، ويملك خبرة تمتد لسبع سنوات في مجال الصحافة الرياضية المغربية. تعاون مع وسائل إعلام مثل "لو ماتان سبور"، "أطلس فوت" و"راديو ماروك سبور"، وينشر تحليلات تكتيكية وتقارير معمقة حول كرة القدم المغربية، مع تركيز خاص على المنتخبات الوطنية.

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