Société

La tragédie de Sidi Bouathmane ravive les craintes… Des malades mentaux dans la rue et un système de santé incapable de les prendre en charge

Le meurtre d'un jeune homme à Sidi Bouathmane, dans la province de Rehamna, a relancé le débat sur la situation des personnes souffrant de troubles psychiques et vivant dans la rue sans traitement ni suivi médical régulier, d'autant plus qu'une personne souffrant de troubles psychiques a été impliquée dans l'agression à coups de pierres dont il a été victime.

Cet incident douloureux a suscité de vives craintes quant à la répétition d’agressions similaires, alors que les défenseurs des droits de l’homme estiment que le cœur du problème ne réside pas seulement dans l’intervention sécuritaire après coup, mais aussi dans la faiblesse du système de santé mentale et l’absence de mécanismes efficaces pour prendre en charge, sur le plan thérapeutique et social, cette catégorie de personnes avant que leur situation ne se détériore.

L’incident de Sidi Bouathmane s’inscrit dans une série d’événements similaires survenus récemment dans plusieurs villes et régions marocaines, notamment à Derouch, Taza et Taounate, où certaines agressions ont fait des victimes dans la voie publique, alors que les plaintes des citoyens concernant le comportement violent de certaines personnes sans domicile fixe souffrant de troubles mentaux ne cessent de se multiplier.

Omar Arbib, vice-président de l’Association marocaine des droits de l’homme et président de la section de Marrakech « Al-Manara », estime que l’aggravation du phénomène est due à un ensemble de dysfonctionnements cumulés, parmi lesquels la pénurie importante de psychiatres, la capacité d’accueil limitée des hôpitaux, l’absence de centres spécialisés en nombre suffisant, la complexité des procédures de transfert des cas graves et la faiblesse du suivi médical après la prise en charge initiale.

Des dysfonctionnements cumulés et des responsabilités partagées

Évoquant les causes de la crise, M. Arbib a imputé une grande partie de la responsabilité au ministère de la Santé et de la Protection sociale, critiquant ce qu’il a qualifié de prédominance de l’approche sécuritaire sur l’approche thérapeutique.

Il a également appelé à lutter contre la propagation des stupéfiants et des substances hallucinogènes, qui peuvent contribuer à aggraver les troubles psychiques chez certains patients ou à accroître la gravité de leur état.

Arbib a souligné que l’association avait alerté l’État depuis des années sur la gravité de ce dossier, par le biais de nombreuses notes et correspondances, indiquant que les données disponibles révèlent le caractère limité des ressources humaines dans le domaine de la psychiatrie au Maroc.

Selon lui, le Maroc ne dispose que de moins de 600 psychiatres, alors que les structures destinées à l’accueil, au traitement et au suivi des patients restent insuffisantes par rapport à l’ampleur des besoins.

Les conséquences de cette pénurie apparaissent clairement lorsqu’une famille tente d’hospitaliser l’un de ses proches souffrant de troubles psychiques graves. Dans de nombreux cas, le patient ne reçoit que des tranquillisants, avant de quitter l’établissement de santé sans traitement à long terme ni suivi continu, alors même que certains cas peuvent présenter un danger pour eux-mêmes ou pour autrui.

« La famille se retrouve incapable de supporter seule le poids de la situation, tandis que l’hôpital ne dispose pas des ressources nécessaires pour accueillir le patient, ce qui conduit un grand nombre d’entre eux à se retrouver à la rue », a déclaré Arbib.

Selon lui, le problème ne se limite pas à la faiblesse du système de santé, mais s’étend également à la complexité des procédures d’intervention lorsqu’il s’agit d’une personne souffrant de troubles psychiques et se montrant agressive.

Des procédures complexes et des retours répétés dans la rue

Arbib a expliqué que le transfert de certains cas à l’hôpital nécessite l’intervention du parquet, l’ouverture d’une enquête et la recherche de la famille avant que les autorités locales ou sécuritaires ne puissent agir, ce qui rend l’intervention lente et complexe dans des cas qui peuvent être urgents.

Il a également critiqué certaines pratiques consistant à transférer des personnes souffrant de troubles psychiques des rues des grandes villes vers des zones plus petites, estimant que cela ne résout pas le problème, mais se contente de le déplacer d’un endroit à un autre.

Il a déclaré à ce sujet : « La souffrance de certaines familles est telle qu’elles souhaitent la réouverture du centre Bouya Omar, malgré les abus qui y ont été commis, car elles préfèrent cela à une vie dans la rue, sans traitement ni suivi. »

Arbib a appelé à l’adoption d’une stratégie nationale intégrée, pilotée par le ministère de la Santé et de la Protection sociale, qui commencerait par un recensement national des personnes souffrant de troubles psychiques et vivant dans la rue, puis par la création de centres spécialisés pour les accueillir et les orienter vers des médecins et les services compétents.

Il a également insisté sur la nécessité de garantir la gratuité des traitements et d’assurer un suivi médical continu selon un protocole clair, au lieu de se contenter d’interventions ponctuelles après la survenue d’agressions ou d’accidents tragiques.

Selon ce défenseur des droits de l’homme marocain, la solution doit allier traitement psychiatrique, hébergement, accompagnement social et réinsertion, car aborder cette population sous un angle purement sécuritaire n’empêche pas la répétition des tragédies et ne protège ni les malades ni les citoyens.

La tragédie de Sidi Bouathmane révèle une fois de plus la fragilité du système de prise en charge de la santé mentale au Maroc et soulève une question urgente quant à la responsabilité des institutions publiques dans la protection de la société, tout en préservant la dignité des personnes souffrant de troubles psychiques qui ont besoin de soins et d’accompagnement, et non de négligence ou d’expulsion.

Karim Boukhris

بوقريس كريم صحفي متخصص في كرة القدم، ويملك خبرة تمتد لسبع سنوات في مجال الصحافة الرياضية المغربية. تعاون مع وسائل إعلام مثل "لو ماتان سبور"، "أطلس فوت" و"راديو ماروك سبور"، وينشر تحليلات تكتيكية وتقارير معمقة حول كرة القدم المغربية، مع تركيز خاص على المنتخبات الوطنية.

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