Rabat renforce sa position de capitale mondiale du livre en misant sur le renouveau de la lecture

Le 23 avril, Rabat a reçu le titre de « Capitale mondiale du livre » de la ville brésilienne de Rio de Janeiro, un titre conféré par l’Organisation des Nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO). Ce titre n’est pas seulement une célébration symbolique, il porte aussi une signification plus profonde liée au statut du livre en tant que moyen de connaissance, d’émancipation individuelle et de renforcement des liens sociaux.
Depuis que Madrid a été désignée première capitale mondiale du livre en 2001, vingt-six villes ont été honorées de ce titre. Rio de Janeiro est entrée dans l’histoire en 2025 en devenant la première ville lusophone à recevoir cet honneur, sous le slogan « Rio de Janeiro continue à lire ». Aujourd’hui, Rabat continue sur cette voie en tant que capitale africaine et arabe avec une longue tradition de circulation et de transfert des connaissances.
Le Maroc et le Brésil partagent une réalité sociale similaire : des sociétés jeunes, cosmopolites et connectées à la technologie. Cependant, les deux pays, comme d’autres pays, sont confrontés au défi commun du déclin de la lecture chez les jeunes, non pas par manque d’intérêt, mais parce que le livre a souvent été associé dans leur esprit à la contrainte scolaire et aux devoirs éducatifs. Le défi aujourd’hui est de redonner de l’attrait à l’acte de lire.
Le livre peut susciter des émotions, comme le font les drames et les feuilletons, donner de la profondeur au lecteur à l’ère de la vitesse numérique et lui ouvrir de nouveaux horizons. Il ne s’agit pas de mettre la lecture devant des écrans, mais d’en faire un choix libre, un acte de valeur et une présence naturelle dans la sphère publique.
L’expérience de Rio de Janeiro est un exemple notable, puisque la Biennale du livre 2025, dans son nouveau format, le Parc du livre, a accueilli environ 740 000 visiteurs et a vu la vente d’environ sept millions d’exemplaires. La ville a également accompagné cette manifestation de programmes éducatifs destinés aux quartiers marginaux, dans le cadre d’un plan national pour le livre et la lecture de 2026 à 2036, lancé par le président Luiz Inácio Lula da Silva, dans le but de moderniser les bibliothèques, d’élargir l’accès aux livres et de mettre en valeur la diversité culturelle du Brésil.
À Rabat, l’initiative « Qara Tawasul », qui apporte des livres dans les tramways de la ville, se distingue, ainsi qu’un vaste programme de 342 activités destinées aux hôpitaux pour enfants, aux centres de réinsertion et aux établissements pénitentiaires. La capitale accueille également des événements littéraires réguliers, notamment la « Grande lecture de Rabat » dans le parc Hassan II et un café littéraire hebdomadaire au cinéma Nahda.
Le Salon international de l’édition et du livre renforce la position de Rabat en tant que l’une des destinations culturelles les plus importantes du continent africain. Il rassemble des écrivains, des éditeurs et des intellectuels de plus de 60 pays, confirmant ainsi que la culture reste une passerelle nécessaire au dialogue dans un monde de plus en plus divisé.
L’initiative « Capitale mondiale du livre » donne également un coup de pouce à l’économie créative, car chaque livre est soutenu par tout un écosystème d’auteurs, d’éditeurs, de traducteurs, de clercs et d’intermédiaires culturels. Au Maroc, les industries culturelles et créatives représentent 2,4 % du PIB, contre 3 % au Brésil, des secteurs qui offrent d’importantes opportunités aux jeunes et soutiennent l’inclusion professionnelle et culturelle.
Parmi les éléments que cette dynamique cherche à préserver et à renforcer figurent les librairies d’occasion et les bibliothèques de quartier, en tant qu’éléments d’un patrimoine vivant qui transmet l’amour de la lecture et le goût des livres d’une génération à l’autre.



